Réflexions sur l'avilissement et la noblesse !

21/01/2026| IslamWeb

 

Réflexions sur l'avilissement et la noblesse !

L'avilissement est l'état d'humiliation qui frappe un individu ou un groupe. Il est l'opposé de la noblesse. Pour clarifier ce concept, il nous faut examiner les causes et la nature même de l'avilissement et de la défaite intérieure. L'avilissement n'est pas une simple absence de noblesse, mais bien un état psychologique influencé par de multiples facteurs qui entourent l'être humain.

La nature humaine

Il est dans la nature de l'âme humaine d'aimer la vie et de s'y accrocher. L'homme s'efforce d'assouvir ses désirs et ses passions, mais il aspire également à des objectifs sublimes. C'est à cette croisée des chemins que les individus se distinguent : certains préfèrent endurer les difficultés, même si cela doit leur coûter leur liberté ou leur vie, pour une cause en laquelle ils croient, tandis que d'autres optent pour la préservation de leur être, même si cela implique de compromettre leur dignité.

De l'avis du poète Al-Mutanabbi, l'amour de soi est ce qui pousse le courageux à faire preuve de courage, et c'est aussi ce qui pousse le lâche à faire preuve de lâcheté.

Quelle immense différence entre ces deux âmes ! Quel fossé entre ces deux finalités ! Et quelle divergence entre ce qu'aime l'un et ce qu'aime l'autre !

En effet, la vie est chère au cœur du courageux. Mais quelle est cette vie que l'âme du courageux chérit ? Est-ce la même que celle que toutes les âmes aiment ? Non, absolument pas. C'est une vie faite de puissance, d'endurance, d'aventure, de combats, d'épreuves redoutables, de confrontation aux calamités et de patience face aux événements les plus graves. Telle est la vie que le courageux aime et pour laquelle il est prêt à se sacrifier. Si le monde lui cède ce qu'il en attend, il y trouve un séjour agréable et une âme sereine. Sinon, une vie dont les éléments essentiels et les fondements disparaissent, ne laissant derrière eux qu'un spectre, n'a aucun bien à offrir. Une telle vie est la mort en elle-même, ou pire encore que la mort.

Et la vie est également chère au cœur du lâche. Mais quelle est cette vie que l'âme du lâche chérit ? C'est toute vie sans limite ni contrainte, ou comme le Coran a décrit la vie des Juifs : « Et tu les trouveras certes les plus attachés à la vie [parmi les hommes] » (Coran 2/96), avec cette indéfinition que ne déterminent ni article défini ni complément. Si l'occasion d'une existence noble, facile et douce, se présente à lui, il y monte spontanément et sans effort, et en fait un lieu de confort et de divertissement. Mais si un agresseur fond sur lui ou qu'un obstacle barre son ascension, alors qu'il renonce à la noblesse, et qu'il n'y ait personne pour le plaindre !

Al-Aqqad dit : « La vie, comme la mort, a plusieurs formes. Il existe des formes de vie que l'on déteste et que l'on rejette, et il existe des formes de mort que l'on aime et que l'on recherche. De ce fait, il n'y a pas de contradiction entre l'amour de l'homme pour sa vie et son amour pour la force en certaines occasions ; car il peut désirer la vie forte quand il se contente de mentionner la vie. Il se peut même que la quête de la vie soit pour lui synonyme de la quête de la mort pour un autre. »

L'avilissement est-il inné ou acquis ?

On peut se demander si l'avilissement et l'effondrement intérieur sont innés ou acquis.
Nous penchons résolument pour l'idée que l'avilissement – comme tout autre trait de caractère – est acquis à travers l'éducation et l'environnement. Cette caractéristique se perpétue lorsqu'une génération la transmet à la suivante, au point de sembler être une nature innée et inéluctable. Ceci relève d'une perversion de la nature primordiale (Fitra), car Allah a créé les êtres humains libres, les a honorés par la raison et leur a ordonné de parcourir la terre et d'y émigrer vers des lieux d'élévation et de grandeur : «
Ceux que les Anges font mourir alors qu’ils sont injustes envers eux-mêmes [les Anges leur] disent : "Où en étiez-vous ?" [Ceux-ci] répondent : "Nous étions faibles et opprimés sur terre." [Les Anges] disent : "La terre d’Allah n’était-elle pas assez vaste pour vous permettre d’émigrer ?" Voilà bien ceux dont le refuge est l’Enfer. Et quelle mauvaise destination ! » (Coran 4/97).
Puis le Coran enjoint à l'homme de se déplacer vers un lieu d'honneur et de dignité, et n'agrée pas qu'il demeure dans une terre d'avilissement : «
Et quiconque émigre dans le sentier d’Allah trouvera sur terre maints refuges et abondance. » (Coran 4/100).

L'avilissement social

Le type d'avilissement le plus dangereux est l'avilissement social, cet état qui frappe des communautés entières jusqu'à devenir un phénomène visible. Cet avilissement résulte de l'accumulation de cas individuels adoptant une conduite servile. Lorsqu'une nation perd ses idéaux suprêmes, sa pensée élevée et sa croyance motrice, elle prend conscience de la situation dégradante dans laquelle elle est tombée, ce qui l'incite à se rebeller contre cet état.

Les lois immuables d’Allah concernant les nations

Allah a établi des lois immuables qui s'appliquent aux individus comme aux sociétés. Parmi ces lois, Il peut châtier les gens et les éprouver en raison de leurs péchés, en les frappant d'avilissement et de misère. Tout cela afin qu'ils reviennent de leur égarement et retrouvent la raison, après s'être complus dans l'apathie et avoir préféré le gain immédiat au bien futur.

Les facteurs de l'avilissement

Qu'est-ce qui rend une personne ou un peuple avili, soumis et au moral brisé ?
Plusieurs raisons conduisent à cela, notamment :

  1. La propension à la soumission, qui grandit sous l'emprise des passions et de l'amour de ce bas-monde. Lorsque les passions prennent le contrôle d'une nation, celle-ci entre dans une phase de déclin. Elle peut vivre un temps dans l'insouciance, trompée par la prospérité de son économie, mais elle finira par s'effondrer.
  2. L'inconscience de la nation concernant les piliers de son existence : Les causes externes sont liées aux causes internes ; la nation devient inconsciente des fondements de son existence, permettant à des individus qui ne possèdent que les qualifications de l'usurpateur de s'emparer de son destin.

Lorsque l'avilissement devient une école organisée pour cette caractéristique odieuse, les efforts collectifs se multiplient pour ancrer le concept de soumission dans les âmes. Des lois sont promulguées, des coutumes sont encouragées, une culture dominante est propagée, ce qui consolide les significations de l'avilissement et de la soumission. Parallèlement, toutes les valeurs qui glorifient la fierté et la dignité sont battues en brèche, et tout trait de caractère évoquant une personnalité forte est déformé. Comme la parole d'Al-Mutanabbi est belle :
Si la mort est inévitable,

Quelle faiblesse que de mourir lâche !

L'avilissement et l'effondrement des nations sont un prélude à l'émergence de la corruption sous toutes ses formes. L'injustice, la pauvreté et l'insécurité qui les frappent ne sont qu'une épreuve d’Allah et un châtiment pour leur négligence. Allah, exalté soit-Il, dit : « La corruption est apparue sur la terre et dans la mer à cause de ce que les gens ont accompli de leurs propres mains ; afin que [Allah] leur fasse goûter une partie de ce qu’ils ont œuvré ; peut-être reviendront-ils (vers Allah). » (Coran 30/41).

Quelle différence abyssale entre la réalité de la nation islamique aujourd'hui et la réalité dans laquelle Abou Bakr – qu’Allah sot satisfait de lui – a recommandé à Khalid ibn Al-Walid : « Recherche la mort, et la vie te sera offerte. » La vie de Khalid et de ses soldats fut la traduction pratique de cette recommandation, ce qui l'amena à dire à Héraclius avant la bataille de Yarmouk : « Je t'ai amené des hommes qui aiment la mort comme toi tu aimes la vie. »

Les musulmans ont connu des périodes sombres, comme l'invasion des Tatars, où l'avilissement des gens atteignit un point tel qu'un soldat mongol désarmé ordonnait à un homme de poser sa joue et son cou sur le sol et d'attendre sans bouger. La marche des Mongoles ne fut stoppée que par le cri « Ô secours de l'Islam ! » qui résonna dans les plaines de `Aïn Jâlût.
Et les Mongols et Tatars modernes, et tous ceux qui les suivent, ne seront arrêtés que par un cri similaire : « Ô secours de l'Islam ! »
«
Et Allah est Celui qui fait aboutir Son ordre, mais la plupart des gens ne savent pas. » (Coran 12/21).

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