Que faire d’un bien constitué en waqf lorsqu’il ne procure plus d’utilité ? Peut-on le vendre et en répartir le prix entre les héritiers ?

26-10-2026 | IslamWeb

Question:

Mon père — qu’Allah lui fasse miséricorde — avait constitué un immeuble en waqf. Cette année, l’un de mes frères a affirmé que ce bien ne procurait plus d’utilité. Après avoir consulté un cheikh, il l’a vendu, puis le prix de vente a été réparti entre les héritiers selon leurs parts successorales.
J’ai éprouvé un scrupule à accepter cette somme, puisqu’elle provenait à l’origine d’un bien constitué en waqf. Je possède une ferme avec un puits, où j’ai installé un dispositif permettant aux gens de s’approvisionner gratuitement en eau. J’ai donc eu l’intention de dédier à mon père la récompense de cette distribution d’eau pendant six mois ou davantage, en contrepartie de cette somme. Cela reviendrait à affecter la valeur de l’eau distribuée pendant cette période à la compensation du montant que j’ai reçu du waqf, tout en laissant les gens en bénéficier gratuitement.
Par exemple, si le remplissage d’un camion-citerne vaut 300 riyals et qu’une cinquantaine de camions viennent chaque mois, la valeur totale de l’eau distribuée pendant six mois ou davantage pourrait égaler, voire dépasser, la somme qui m’est revenue du waqf.
Ma question est la suivante : cette manière de procéder rend-elle cette somme licite pour moi ? La vente du waqf et la répartition de son prix entre les héritiers, effectuées par mes frères, sont-elles conformes à la Charia ?

Réponse:

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :


La répartition du prix de vente du waqf entre les héritiers, effectuée par votre frère à titre de succession, n’est pas valide et constitue un acte interdit par la Charia. En effet, le waqf est un acte juridiquement contraignant et perpétuel : le bien qui en fait l’objet ne peut être ni vendu, ni donné, ni transmis par héritage. Al-Boukhârî rapporte que le Prophète () a dit au sujet du waqf de ‘Umar, qu’Allah soit satisfait de lui :
« Constitue le bien lui-même en aumône : il ne sera ni vendu, ni donné, ni transmis par héritage ; seuls ses fruits seront dépensés. »


Il est obligatoire de respecter les conditions fixées par le fondateur du waqf. Si le bien tombe en ruine ou ne procure plus d’utilité, sans qu’il soit possible de le restaurer pour en tirer profit, il est permis, selon l’avis prépondérant, de le vendre et de le remplacer par un autre bien qui sera constitué en waqf, afin que la récompense continue de parvenir à son fondateur.
Ibn Qudâma écrit dans Al-Mughnî :
« Lorsqu’un bien constitué en waqf tombe en ruine et ne procure plus d’utilité — comme une maison qui s’est effondrée, une terre qui s’est dégradée au point de devenir inculte sans qu’il soit possible de la remettre en état, ou une mosquée que les habitants du village ont délaissée en quittant les lieux et où plus personne ne prie ; ou encore lorsque la mosquée devient trop exiguë pour ses fidèles sans pouvoir être agrandie sur place, ou qu’elle se fissure entièrement au point qu’il soit impossible de la reconstruire, en totalité ou en partie, sans en vendre une portion —, il est permis d’en vendre une partie pour financer la restauration du reste. S’il n’est possible de tirer profit d’aucune de ses parties, il est vendu dans son intégralité…
Ibn ‘Aqîl a dit : “Le waqf est perpétuel. Lorsqu’il est impossible d’en assurer la pérennité sous sa forme particulière, nous en préservons la finalité, à savoir une utilité durable, au moyen d’un autre bien. La succession des biens de remplacement tient lieu de maintien du bien initial. S’attacher au bien lui-même alors qu’il est devenu inutilisable revient à compromettre la finalité recherchée.” » Fin de citation.
Il n’est en aucun cas permis de répartir son prix de vente entre les héritiers comme s’il s’agissait d’un patrimoine successoral. En effet, de son vivant, votre père avait fait sortir ce bien de sa propriété en le constituant en waqf ; il ne fait donc plus partie de sa succession.


Quant au fait de distribuer gratuitement de l’eau pendant une période déterminée en contrepartie de la somme reçue, cela ne vous libère pas de votre obligation et ne rend pas cet argent licite pour vous. Ce qui est requis, c’est que le bien acquis en remplacement demeure constitué en waqf, et non que sa valeur soit dépensée pour procurer une utilité temporaire.
Vous devez conseiller vos frères, leur expliquer la règle religieuse et leur préciser qu’il leur incombe de réunir l’intégralité du prix de vente de l’immeuble, puis d’acheter un bien immobilier ou un autre bien durable en remplacement et de l’enregistrer comme waqf constitué par votre père, conformément à l’intention qui était la sienne lorsqu’il avait établi le waqf initial. En effet, cet argent représente la contrepartie du bien initialement constitué en waqf, lequel ne peut faire l’objet d’un transfert de propriété par vente ou par un autre moyen.
Cheikh al-Islâm Ibn Taymiyya écrit dans Al-Fatâwâ :
« Parmi les principes admis figure l’acquisition d’un bien au moyen de la contrepartie d’un waqf lorsque celui-ci ne procure plus d’utilité : il est alors vendu, et son prix sert à acheter ce qui en tiendra lieu, selon l’école d’Ahmad et d’autres savants. » Fin de citation.


Si les autres héritiers refusent de restituer leurs parts, vous devez consacrer l’intégralité de la somme que vous avez reçue à l’achat d’un bien à constituer en waqf, si cela est possible. Sinon, vous devez l’utiliser pour contribuer à l’achat d’une partie d’un bien immobilier destiné à un waqf, ou d’une quote-part de celui-ci, et la constituer en waqf au nom de votre père.
Ibn Qudâma écrit dans Al-Mughnî :
« Chapitre : Si le prix de vente d’un cheval constitué en waqf ne suffit pas à en acheter un autre, cette somme servira à contribuer à l’achat d’un cheval constitué en waqf, en couvrant une partie de son prix. Ahmad l’a expressément indiqué, car le but est de préserver, dans la mesure du possible, l’utilité du waqf et de la mettre à l’abri de toute perte. Or, cela ne peut être réalisé que de cette manière. » Fin de citation.


Et Allah sait mieux.

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