Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Votre souci de rechercher le licite et votre crainte de tomber dans l’illicite sont des signes de foi et de vitalité du cœur. Toutefois, l’excès d’investigation et de doute peut faire passer le musulman du scrupule louable aux obsessions et à la rigueur excessive, au point de lui fermer des voies de subsistance licites sans justification religieuse.
Parmi les règles établies de la Charia figure celle selon laquelle toutes les substances et tous les aliments, à l’exception des viandes, sont en principe licites et permis, tant qu’aucune preuve explicite n’établit leur interdiction. Allah, exalté soit-Il, dit :
« C’est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre. » (Coran 2/29)
Il dit également :
« Dis : “Qui a interdit la parure d’Allah, qu’Il a produite pour Ses serviteurs, ainsi que les bonnes nourritures qu’Il leur a accordées ?” » (Coran 7/32)
Les interdits sont délimités et détaillés dans la Charia. Tout le reste demeure soumis au principe de permission. On ne peut donc déclarer un aliment illicite sur la seule base d’une supposition ou d’une possibilité purement théorique.
S’agissant des aliments provenant de non-musulmans qui ne font pas partie des gens du Livre, tels que les polythéistes de Chine ou d’ailleurs, l’interdiction concerne uniquement les bêtes qu’ils abattent et les produits nécessitant un abattage rituel, comme la viande des animaux terrestres, leurs graisses et la gélatine animale qui en est extraite.
En revanche, les produits qui ne nécessitent pas d’abattage rituel, tels que les végétaux, les sucres, les féculents, les jus de fruits, ainsi que les arômes et colorants d’origine végétale ou chimique, sont licites à l’unanimité des savants. Il est permis de les consommer, de les commercialiser et de les importer de n’importe quel pays, tant qu’il n’est pas établi avec certitude qu’ils contiennent une substance impure ou enivrante.
L’une des grandes règles juridiques est la suivante : « La certitude ne disparaît pas par le doute. » Or, ce qui est certain pour vous, c’est que les principaux ingrédients des confiseries — sucre, arômes, gomme végétale et colorants — sont licites à l’origine. Un doute occasionnel sur la provenance de certains composants présents en faibles quantités ne remet pas en cause cette licéité certaine. Une simple éventualité lointaine n’annule pas le principe religieux applicable et ne doit pas être prise en considération.
Des savants tels qu’Abû Hâmid al-Ghazâlî et Ibn Taymiyya ont expliqué que le scrupule est de deux sortes : le scrupule légitime, qui consiste à délaisser ce que des indices apparents rendent douteux ou illicite, sans compromettre des intérêts prépondérants ; et le scrupule obsessionnel, ou scrupule mal fondé, qui consiste à s’interdire avec une rigueur excessive ce dont aucun signe apparent n’indique l’interdiction. Tel est le cas de celui qui refuse d’acheter des marchandises sur les marchés en raison d’une éventualité lointaine, ou qui pousse excessivement ses recherches au-delà des apparences, sur des éléments difficiles à vérifier.
L’imam al-Ghazâlî écrit dans Ihyâ’ ‘Ulûm al-Dîn :
« Le licite absolu est ce qui ne présente, en soi, aucune caractéristique entraînant son interdiction et dont les moyens d’acquisition sont exempts de toute cause d’interdiction ou de réprobation. Tel est le cas de l’eau de pluie qu’une personne recueille avant qu’elle ne tombe sur la propriété d’autrui, en la captant dans l’air alors qu’elle se trouve sur sa propre propriété ou sur un terrain libre d’usage.
L’illicite pur est ce qui présente une caractéristique indiscutablement interdite, comme la propriété enivrante du vin ou l’impureté de l’urine, ou ce qui est acquis par un moyen formellement interdit, comme l’injustice, l’usure et les procédés similaires.
Voilà deux extrêmes clairement définis. À l’un ou l’autre se rattache ce dont le statut est établi, mais dont on peut imaginer qu’il ait changé, sans qu’aucun indice ne vienne étayer cette éventualité. Ainsi, le gibier terrestre et les prises de la mer sont licites. Pourtant, lorsqu’une personne capture une gazelle, il est possible qu’un chasseur en ait été propriétaire et qu’elle lui ait ensuite échappé. De même, un poisson pourrait avoir glissé des mains ou du sac d’un pêcheur après avoir été capturé.
Une telle éventualité n’existe pas pour l’eau de pluie recueillie dans l’air. Toutefois, ces cas relèvent du même statut que cette eau, et vouloir s’en préserver constitue une obsession. Appelons cette attitude “le scrupule des personnes sujettes aux obsessions”, afin d’y rattacher les cas similaires. Il ne s’agit, en effet, que d’une pure supposition dépourvue de tout indice.
En revanche, s’il existe un indice, qu’il soit décisif — comme la présence d’un anneau à l’ouïe du poisson — ou équivoque — comme une blessure sur la gazelle qui pourrait être une marque faite au fer, laquelle suppose que l’animal ait été maîtrisé, mais qui pourrait aussi être une simple blessure —, le scrupule trouve alors sa place. En l’absence de tout indice, une éventualité que rien n’étaye doit être considérée comme inexistante. » Fin de citation.
Ibn Taymiyya écrit dans Majmû‘ al-Fatâwâ :
« La conviction qu’une chose est obligatoire ou interdite doit donc reposer sur les preuves du Livre et de la Sunna, ainsi que sur la connaissance, et non sur les passions. Nombre de personnes éprouvent une aversion pour certaines choses en raison de leurs habitudes ou de facteurs similaires, ce qui renforce chez elles l’idée que ces choses sont interdites ou douteuses. Certaines se laissent également entraîner par des illusions et des suppositions erronées. Ces suppositions reposent alors sur un scrupule mal fondé, et leur auteur fait partie de ceux dont Allah, exalté soit-Il, a dit : “Ils ne suivent que la conjecture et les passions de leurs âmes.”
Tel est le cas des personnes sujettes aux obsessions concernant les impuretés : leur scrupule est mal fondé, mêlant une certaine religiosité à un manque de discernement et de connaissance. Il en va de même du scrupule de ceux qui considèrent que la plupart des biens des gens, voire leur totalité, sont illicites ou douteux. » Fin de citation.
Le Prophète (
) a mis en garde contre la rigueur excessive en disant, comme le rapporte Mouslim dans son Sahîh :
« Ceux qui font preuve de rigorisme excessif courent à leur perte. »
Il l’a répété trois fois. Il s’agit de ceux qui s’imposent une sévérité excessive et poussent les choses au-delà de ce que la religion exige. La Charia nous demande de nous en tenir aux éléments apparents ; elle ne nous impose pas de rechercher des réalités cachées auxquelles nous n’avons pas accès.
Nous vous conseillons donc de poursuivre votre activité et de ne pas y mettre fin. Ne fermez pas votre entreprise : votre commerce est permis et repose sur le principe de licéité.
Sachez que délaisser ce qui est licite par crainte de doutes imaginaires ne relève pas de la piété. La Charia est fondée sur la facilité et la levée de la gêne.
Et Allah sait mieux.