Mon père possède un compte épargne dans une banque usuraire

26-2-2017 | IslamWeb

Question:

Mon père possède un compte épargne dans une banque usuraire. Je lui ai dit que les intérêts que la banque lui paye sont illicites et je l'ai mis en garde contre le châtiment d'Allah le jour de la Résurrection, mains il n'a pas compris ce que je lui ai dit. Ma question est : ma prière est-elle acceptée bien qu'il existe un hadith qui mentionne que la prière de celui qui touche à l'usure n'est pas acceptée ? Comment puis-je convaincre mon père d'abandonner les intérêts usuraires ?

Réponse:

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :

 

Il ne fait aucun doute que les intérêts des banques usuraires sont interdits par l'Islam parce qu'il s'agit d'usure. Or, le caractère illicite de l'usure est une chose que personne n'ignore en Islam. Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) : « O les croyants ! Craignez Allah ; et renoncez au reliquat de l'intérêt usuraire, si vous êtes croyants. » (Coran 2/278)

 

Djâbir, qu'Allah soit satisfait de lui, a rapporté que le Prophète () a dit :

« Allah maudit celui qui consomme le produit de l’usure - le prêteur -, l'emprunteur, celui qui inscrit l’emprunt et les deux témoins. La gravité de leurs péchés est la même. » (Mouslim)

 

Le musulman ne doit pas transgresser les interdits d’Allah et doit obéir à Ses ordres. Vous avez donc bien fait de conseiller à votre père d'abandonner toute relation avec cette banque usuraire et de se débarrasser des intérêts qu'il a perçus en les dépensant dans des bonnes œuvres et dans l'intérêt des musulmans. En faisant cela, vous avez certes accompli votre devoir et c'est votre père qui porte seul la responsabilité de son entêtement dans ce péché.

 

Quant à vous vous n’assumez aucune responsabilité dans ce péché, car Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) : « [...] personne ne portera le fardeau (responsabilité) d'autrui. [...] » (Coran 6/164)

 

Si votre question porte sur le verdict concernant le fait que vous preniez de l'argent de votre père qui, lui-même, touche à l'usure, la réponse est alors que toute transaction financière avec une personne dont l'argent provient entièrement d’une source illicite est interdite, et cela, quelle que soit la transaction.

 

Par contre, en ce qui concerne la personne dont une partie des ressources financières provient d’une source illicite et l'autre partie d’une source licite, l'avis prédominant est qu'il est permis d'avoir des transactions financières avec cette personne même si cela reste détestable en raison du doute concernant la possibilité de tomber dans les transactions illicites.

Quant à la question concernant le fait qu'un enfant dépense l'argent illicite de son père, il faut examiner si l'enfant est incapable de subvenir lui-même à ses besoins en raison de son jeune âge ou du fait qu’il se consacre à la science religieuse. Dans ce cas, il s’agit d’une situation de nécessité : il prend alors cet argent tout en désapprouvant cela avec le cœur. Ensuite, lorsqu'il devient capable de gagner lui-même de l'argent, il devra se passer de l'argent de son père.

 

Concernant le hadith mentionné à propos du fait que la prière de celui qui touche de l'argent qui provient de l'usure n'est pas acceptée, nous n'avons trouvé aucun hadith exprimant cela. Néanmoins, un hadith mentionne bien le fait que celui dont la nourriture et la boisson proviennent de l'illicite ne verra aucune de ses invocations exaucée. Or, l'usure est certes la pratique illicite la plus grave. Le Prophète () mentionna le cas de l’homme qui, faisant un long voyage, hirsute et poussiéreux, tend les mains vers le ciel en s’écriant : « Seigneur ! Seigneur ! », alors que sa nourriture est illicite, ainsi que sa boisson, ses vêtements et ce dont il se nourrit. Comment serait-il exaucé ? (Moulsim)

 

L'imam al-Nawawî a dit : « Ce hadith désigne l'homme qui fait un long voyage dans le but d’accomplir une œuvre pie comme le Hadj, ou une visite recommandée, visant par exemple à la préservation des liens de parenté... Comment cet homme pourrait-il voir ses invocations exaucées ? »

 

Nous attirons ici votre attention sur le fait que la question de l'acceptation de la prière n'est pas liée à la validité de celle-ci. En effet, la prière de celui qui pratique l'usure est valide et n’est pas à recommencer. Cependant, le fait que cette prière soit valide n'entraîne pas forcément son acceptation par Allah si la personne qui l'accomplit commet des choses illicites, même si Allah peut l'accepter par pure bonté de Sa part.

 

Al-Qurtubî a dit : « Dans le hadith qui précède, la parole "Comment serait-il exaucé ?" signifie que cela est exclu. C'est-à-dire qu'une telle personne n’est pas digne de l’exaucement de ses invocations, mais il se peut qu'Allah les exauce par pure bonté et faveur de Sa part. »

 

Et Allah sait mieux.

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