Je suis un Ă©tudiant expatriĂ© dans un pays Ă©tranger dont la majoritĂ© des habitants sont musulmans, et oĂč les cinq priĂšres quotidiennes sont accomplies dans les mosquĂ©es. Les imams maĂźtrisent gĂ©nĂ©ralement bien la rĂ©citation, car ils sont dĂ©signĂ©s par lâÉtat.
Nous avons un imam dont la rĂ©citation est excellente, mais il lui arrive parfois, dans la FĂątiha, de modifier certains sons, comme lorsquâil prononce parfois la lettre dhĂąl comme un zĂąy. De mĂȘme pour la lettre tĂąâ, quâil prononce parfois lĂ©gĂšrement proche du dĂąl, tandis quâĂ dâautres moments il la prononce correctement ; je ne pense donc pas quâil soit incapable de la prononcer convenablement.
Jâai souvent discutĂ© avec lui ; il connaĂźt parfaitement la rĂ©citation correcte, mais il mâa rĂ©pondu que cela nâinvalidait pas la priĂšre et que son erreur ne modifiait pas le sens en raison de la proximitĂ© des points dâarticulation des lettres. (Il ne veut Ă©videmment pas dire par lĂ quâil est permis de changer volontairement les lettres, car il sait que cela pourrait conduire Ă la mĂ©crĂ©ance.)
Cet imam doit-il ĂȘtre considĂ©rĂ© comme nĂ©gligent ? Sachant quâil est reconnu pour sa compĂ©tence dans lâimamat et exerce cette fonction depuis des annĂ©es. Et sâil suit lâavis de certains hanafites permettant le remplacement de certaines lettres, est-il permis de prier derriĂšre lui ?
Dâautant plus que la plupart des imams semblent ĂȘtre dans cette situation, et je crains que mes priĂšres ne soient invalides, au point dâĂȘtre contraint de prier chez moi.
Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Le principe de base est que, tant que l’imam maîtrise la récitation et connaît parfaitement la lecture correcte — comme vous l’avez mentionné —, il faut une certitude réelle avant de pouvoir affirmer qu’il commet une erreur de récitation et d’en déduire les conséquences juridiques correspondantes.
En effet, certaines lettres possèdent des points d’articulation très proches, si bien que l’auditeur peut croire qu’une lettre a été remplacée par une autre alors qu’il n’en est rien.
Nous conseillons donc à l’auteur de la question d’éviter les excès de minutie inhabituels qui peuvent engendrer des troubles obsessionnels (waswâs), comme on l’observe fréquemment dans ce genre de situations. Il convient plutôt de se concentrer sur le recueillement dans la prière et de prendre les moyens d’y parvenir.
Ibn al-Jawzî a dit dans Talbîs Iblîs :
« Satan a trompé certains fidèles concernant les points d’articulation des lettres. On voit ainsi l’un d’eux répéter : “al-hamdu, al-hamdu”, au point de sortir, par ces répétitions, des règles de bienséance de la prière. Parfois, il le pousse à l’exagération dans la prononciation des consonnes redoublées, parfois dans l’émission du dâd de “al-maghdûbi”. J’ai même vu quelqu’un prononcer “al-maghdûbi” en projetant de la salive tant il forçait dans la prononciation du dâd. Or, ce qui est demandé n’est rien d’autre qu’une articulation correcte de la lettre. Satan pousse ces personnes à dépasser les limites de la juste prononciation et les détourne, par l’exagération dans les lettres, de la compréhension de la récitation. Toutes ces obsessions proviennent de Satan. »
Et Sa‘îd ibn ‘Abd ar-Rahmân ibn Abî al-‘Amyâ’ rapporte que Sahl ibn Abî Umâma lui a raconté :
« Il entra avec son père auprès d’Anas ibn Mâlik (qu’Allah soit satisfait de lui) alors qu’il accomplissait une prière légère, semblable à celle d’un voyageur. Lorsqu’il salua à la fin de la prière, son père lui demanda : “Qu’Allah te fasse miséricorde ! Cette prière obligatoire était-elle semblable à celle du Messager d’Allah (
), ou bien s’agissait-il d’une prière surérogatoire ?”
Il répondit : “C’était bien la prière du Messager d’Allah (
). Je n’y ai omis qu’une chose par oubli. Le Messager d’Allah (
) disait :
‘Ne soyez pas excessifs envers vous-mêmes, sinon Allah sera excessif envers vous. Des gens ont été excessifs envers eux-mêmes, alors Allah fut excessif envers eux. Voilà ce qu’il reste d’eux dans les ermitages et les monastères :
“Un monachisme qu’ils ont inventé, que Nous ne leur avions nullement prescrit.”” »
Et Allah sait mieux.
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