Je suis une jeune fille et j’ai deux sœurs et un frère. Ma mère connaît des différends avec mon père et sa famille depuis leur mariage, il y a quarante ans, et ces conflits persistent encore aujourd’hui. Ils sont notamment liés aux faibles ressources financières de mon père et au fait que mon oncle paternel s’est réservé l’exploitation de la terre en contrepartie d’un loyer versé à mon père. Mes parents ne sont pas satisfaits de ce loyer, mais ils l’acceptent parce que mon père ne peut pas cultiver lui-même la terre et qu’aucun autre locataire ne peut l’exploiter en présence de mon oncle.
Ma mère souffre également du manque de chaleur avec lequel, selon elle, mes tantes paternelles et ma grand-mère l’accueillaient lorsqu’elle leur rendait visite. Elle dit qu’elles l’ont « chassée, ou presque » à plusieurs reprises. Je n’en ai pas été témoin, mais lorsque ma mère évoque ces faits, mon père garde généralement le silence ou les défend timidement. Je sais qu’elles sont, par nature, peu accueillantes et peu démonstratives, contrairement à ma mère, qui est très hospitalière.
Mes parents ont maintenant dépassé, l’un la soixantaine et l’autre la soixante-dizaine. Leurs disputes sont presque incessantes, soit pour les raisons évoquées, soit pour d’autres motifs, notamment parce que mon père contribue peu aux dépenses du foyer et fait parfois passer les frais liés à sa voiture avant les besoins de la famille. Certains mois, il peut même y consacrer plus de la moitié de son salaire. Il souffre également d’une maladie du foie et connaît des épisodes de trouble bipolaire. D’après ce dont nous avons été témoins, ma mère a beaucoup souffert tout au long de leur mariage. Je précise que mes deux parents possèdent des biens hérités et que ma mère a largement contribué aux dépenses, ce dont je peux témoigner. Toutefois, elle se trouve désormais dans un état de profonde détresse.
Ma première question est la suivante : lorsqu’une dispute éclate entre eux, est-ce un manquement à la piété filiale de rester dans ma chambre sans intervenir, d’autant que mon intervention aggrave souvent la situation ? Il m’arrive aussi de mettre des écouteurs pour écouter le Coran ou autre chose afin de m’apaiser. Ma mère souhaite toujours que je prenne son parti, alors que je considère que chacun des deux commet des torts envers l’autre et que je ne dispose d’aucun moyen de les réconcilier.
Ma seconde question est la suivante : si ma mère doit se rendre dans son pays pour régler certains problèmes concernant sa terre ou au moment des récoltes, alors que mon père est malade ou en conflit avec elle, puis-je l’accompagner par crainte pour sa santé ? Mon frère ne peut pas voyager avec elle en raison de ses obligations professionnelles et familiales. Suis-je coupable d’un péché en raison de l’absence de mahram ? Auriez-vous un conseil pour m’aider à traverser cette épreuve et à réussir ici-bas et dans l’au-delà ?
Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Nous vous conseillons de veiller à faire preuve de piété filiale et de bienveillance envers vos deux parents. Allah, exalté soit-Il, dit :
« Adorez Allah et ne Lui associez rien. Faites preuve de bonté envers vos père et mère. » (Coran 4/36)
Il dit également :
« Ton Seigneur a décrété que vous n’adoriez que Lui et que vous fassiez preuve de bonté envers vos père et mère. Si l’un d’eux ou tous deux atteignent la vieillesse auprès de toi, ne leur dis pas : “Fi !”, ne les brusque pas et adresse-leur des paroles respectueuses. Et, par miséricorde, abaisse pour eux l’aile de l’humilité et dis : “Seigneur, fais-leur miséricorde comme ils m’ont élevé lorsque j’étais petit.” » (Coran 17/23-24)
Il dit encore :
« Nous avons recommandé à l’homme la bienveillance envers ses parents. Sa mère l’a porté, endurant faiblesse sur faiblesse, et son sevrage a lieu au bout de deux ans. Sois reconnaissant envers Moi ainsi qu’envers tes parents. Vers Moi sera le retour. Et s’ils s’efforcent de te faire M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, ne leur obéis pas, mais accompagne-les ici-bas avec bienveillance. Suis le chemin de celui qui revient vers Moi. Puis vers Moi sera votre retour, et Je vous informerai de ce que vous faisiez. » (Coran 31/14-15)
Efforcez-vous de les réconcilier. Allah, exalté soit-Il, dit :
« Il n’y a aucun bien dans nombre de leurs entretiens secrets, sauf lorsqu’il s’agit d’ordonner une aumône, une bonne action ou une réconciliation entre les gens. Et quiconque agit ainsi en recherchant l’agrément d’Allah, Nous lui accorderons une immense récompense. » (Coran 4/114)
Il dit également :
« Les croyants ne sont que des frères. Réconciliez donc vos deux frères. » (Coran 49/10)
Et Il dit :
« Craignez donc Allah et rétablissez la concorde entre vous. » (Coran 8/1)
Il est rapporté dans un hadith :
« Ne vous informerai-je pas de ce qui est supérieur en mérite à la prière, au jeûne et à l’aumône ? » Ils répondirent : « Si, ô Messager d’Allah ! » Il dit : « Réconcilier les gens, car la discorde est celle qui rase. Je ne dis pas qu’elle rase les cheveux, mais qu’elle rase la religion. »
Ce hadith est rapporté par Abû Dâwûd et al-Tirmidhî, qui l’a qualifié de « bon et authentique ».
Invoquez régulièrement Allah en leur faveur. Allah, exalté soit-Il, dit :
« Votre Seigneur a dit : “Invoquez-Moi, Je vous exaucerai. Ceux qui, par orgueil, refusent de M’adorer entreront bientôt dans la Géhenne, humiliés.” » (Coran 40/60)
L’imam Mouslim rapporte, d’après Umm al-Dardâ’, qu’Allah soit satisfait d’elle, que le Messager d’Allah (
) a dit :
« L’invocation du musulman en faveur de son frère en son absence est exaucée. Un ange est préposé auprès de sa tête : chaque fois qu’il invoque un bien pour son frère, cet ange dit : “Âmîn ! Et à toi la même chose.” »
Lorsque les exigences de la piété filiale envers vos deux parents entrent en conflit et que l’un d’eux est dans son tort, il ne vous est pas permis de soutenir celui qui a tort. En effet, l’obéissance aux parents se limite à ce qui est convenable. Mouslim rapporte, d’après ‘Alî, qu’Allah soit satisfait de lui, que le Prophète (
) a dit :
« Nulle obéissance dans la désobéissance à Allah. L’obéissance ne concerne que ce qui est convenable. »
Quant au voyage de votre mère et au fait de l’accompagner, le principe est qu’il est interdit à la femme de voyager sans mahram, sauf en cas de nécessité impérieuse. Certains savants ont toutefois permis à la femme de voyager en compagnie de personnes sûres. Si le voyage avec votre mère se déroule dans des conditions de sécurité, il n’y a donc aucun mal à le faire.
Et Allah sait mieux.
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