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Réfutation de l'ambiguïté entourant l'excommunication (takfîr) pour persistance dans le péché et banalisation de celui-ci

Question

J'ai lu sur un site qu'Ibn al-Qayyim est d'avis que si une personne persiste à commettre un péché et est résolue à ne jamais s'en détacher, elle est considérée comme mécréante, quand bien même elle croirait qu'il est illicite.
Par ailleurs, un site de fatwas a mentionné que l'individu qui regarde régulièrement des films pourrait être considéré comme mécréant, au motif que le fait de visionner des films ou de commettre un péché de manière récurrente témoignerait d'un mépris envers ce péché ; ils statuent dès lors sur son apostasie, même s'il en reconnaît l'interdiction formelle.
Cette allégation est-elle fondée ?
Il a également été rapporté d'après al-Mullâ ‘Alî al-Qârî que l'absence d'aversion pour le péché au moment même où on le commet constituerait également un acte de mécréance, en référence à son propos stipulant que : « la banalisation et l'insouciance face aux péchés constitue de la mécréance ». Dans quelle mesure cette attribution est-elle avérée ? Qu'entend-on précisément par « banalisation emportant l'excommunication » (al-istihânah al-mukaffirah) ? Et la simple persistance dans le péché, son accoutumance ou le fait d'en tirer jouissance tout en reconnaissant son illicéité, impose-t-elle de porter un jugement d'apostasie ?

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager Mohammed ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :

Le simple fait de persister dans un péché ou d'être résolu à y demeurer ne fait pas sortir le musulman du giron de l'Islam, tant qu'il reconnaît son illicéité et se soumet au jugement d'Allah à cet égard, ne commettant la faute que sous l'emprise des passions et du désir charnel.

La réitération du péché ne constitue pas, en soi, une preuve suffisante attestant qu'il le déclare licite ou qu'il méprise la Loi sacrée ; cela a déjà été explicité dans la fatwa n° : 203629 .

Cela s'applique aux péchés qui ne constituent pas en eux-mêmes un acte de mécréance, car il existe des paroles et des actes intrinsèquement mécréants qui, eux, sortent du cadre de cette règle.

An-Nawawî a rapporté dans son commentaire du Sahîh Muslim, lors de l'explication du hadith : «Le fornicateur ne commet pas la fornication au moment où il la commet tout en étant croyant », le consensus des partisans de la vérité (Ahl al-Haqq) stipulant que les auteurs de péchés majeurs — hormis le polythéisme (chirk) — ne deviennent pas mécréants par le simple fait de les commettre. S'ils meurent en y persistant, leur sort dépend de la seule volonté divine : si Allah le veut, Il leur fait grâce ; s'Il le veut, Il les châtie avant de les faire entrer au Paradis. La persistance aggrave certes la gravité du péché, mais elle ne le transforme pas pour autant, à elle seule, en un acte de mécréance.

Quant à ce qui a été imputé à Ibn al-Qayyim concernant l'excommunication de celui qui est résolu à ne jamais abandonner un péché : nous n'avons trouvé aucun texte de sa part formulant une telle sentence de manière aussi absolue. Bien au contraire, son propre texte dans Zâd al-Ma‘âd atteste de l'opposé, où il énonce :

« Quant au fait que celui qui persiste dans la désobéissance soit un pervers (fâsiq) passible de châtiment, cela vise uniquement celui qui accomplit le péché puis s'y obstine. »

Il a ensuite précisé qu'il s'agit là d'une persistance où l'acte s'est conjugué à la résolution d'y revenir ; il a ainsi qualifié son auteur de pervers (fisq) et de passible de châtiment. (Voir : Zâd al-Ma‘âd, 5/185).

Il est vrai qu'il tient dans Madârij as-Sâlikîn des propos rigoureux sur l'impact de l'obstination dans les péchés sur l'attachement du cœur à autre qu'Allah et sur l'altération de l'Unicité divine (tawhîd), affirmant notamment :

« Il est impossible que l'Unicité divine demeure pure chez l'adepte d'un péché majeur ou celui qui s'obstine dans un péché véniel, au point de n'associer absolument rien à Allah. »

Cependant, il a conclu ce passage en démontrant que cette persistance s'oppose à la plénitude de l'Unicité divine (kamâl at-tawhîd). Le contexte du discours porte donc sur la pureté et la complétude du dogme, ainsi que sur les attachements blâmables qui s'y mêlent sous l'effet des fautes ; il est donc illégitime d'en extrapoler un jugement d'excommunication à l'encontre de toute personne persistant dans un péché. (Voir : Madârij as-Sâlikîn, 1/336).

Nous avons constaté que l'attribution à Ibn al-Qayyim de la mécréance pour simple résolution de ne pas délaisser le péché émane de certains contemporains, qui se sont appuyés sur ce passage précis de Madârij as-Sâlikîn. Cette imputation relève donc de la déduction propre à cette personne et ne constitue nullement une citation textuelle d'Ibn al-Qayyim sous les termes formulés dans la question. S'en servir d'argument pour excommunier celui qui s'adonne continuellement au péché par concupiscence tout en confessant le décret divin est une démarche erronée.

Quant aux propos d'al-Mullâ ‘Alî al-Qârî relatifs à la banalisation du péché, il dit dans Charh al-Fiqh al-Akbar :

« De même, la banalisation (al-istihânah) de la désobéissance est mécréance : en ce sens qu'il la juge dérisoire et sans gravité, la commet sans la moindre considération, et lui applique le même statut que les actes licites lorsqu'il la pratique. »

Il a mentionné cela après avoir traité de la déclaration de licéité d'un acte dont la prohibition est établie par une preuve formelle et péremptoire, puis a fait suivre ce passage par une réflexion sur la raillerie de la Législation sacrée. (Voir : Charh al-Fiqh al-Akbar).

Or, le terme « banalisation » (istihânah) requiert une distinction notionnelle :

  • Si l'on entend par là le mépris du décret d'Allah, la dérision de Son interdiction ou la désinvolture à l'égard de la Loi religieuse en tant qu'elle émane d'Allah, cela relève de la mécréance, et le simple fait de savoir qu'Allah a interdit cet acte ne protège pas son auteur d'un tel statut.
  • Mais si l'on entend par là le laxisme du pécheur, l'amenuisement de sa crainte, son insouciance face au châtiment au point de se familiariser avec la faute et de la multiplier, tout en admettant être en transgression et passible de blâme : son auteur ne saurait être jugé mécréant pour ce seul fait.

C'est à la lumière de cette nuance qu'il convient d'appréhender le passage rapporté. Car si l'on prend cette formulation dans un sens absolu pour jeter l'anathème sur toute personne faisant preuve de légèreté face au péché — même lorsque ce laxisme procède de l'inadvertance et du triomphe des pulsions —, une telle généralisation est erronée et contredit le statut jurisprudentiel précédemment établi pour les auteurs de péchés majeurs qui y persistent.

Quant à la formulation selon laquelle « l'absence d'aversion pour le péché pendant sa perpétration constitue une mécréance », nous ne l'avons pas trouvée sous cette tournure littérale dans les écrits d'al-Qârî que nous avons consultés ; nous ne pouvons donc affirmer avec certitude qu'elle lui soit imputable. De plus, il est incorrect de déduire de ses écrits que le simple plaisir ressenti lors du péché, ou l'absence d'un sentiment immédiat de remords ou d'effroi au moment même de l'acte, constituerait une mécréance. En effet, l'attrait pour l'interdit dicté par les passions de l'âme n'équivaut nullement à sa justification doctrinale (istihlâl), ni à l'approbation de l'infraction par contestation du décret divin. L'obstination et l'attrait pour le péché représentent un péril majeur pour la foi, mais ils n'entraînent ni n'impliquent nécessairement sa disparition.

Il importe d'attirer l'attention sur un principe fondamental dans la compréhension des écrits des savants, l'analyse de leurs doctrines et l'attribution des thèses : les propos d'un savant s'éclairent les uns par les autres. Il n'est pas admissible d'isoler une phrase de son contexte ou d'échafauder sa doctrine sur un passage unique de ses ouvrages tout en faisant abstraction de l'ensemble de ses déclarations sur la question. L'obligation consiste plutôt à rassembler l'intégralité de ses assertions sur le sujet, d'examiner le contexte de ses énoncés, de ramener les formulations vagues (mujmal) à celles qui sont explicites (mubayyan), et les termes équivoques (muhtamal) à ceux qui sont catégoriques (sarîh), tout en tenant compte de sa terminologie technique et de son intention propre.

Cela est d'autant plus rigoureux dans les questions d'excommunication (takfîr), dont les erreurs entraînent des conséquences doctrinales et juridiques considérables. On ne saurait prêter à un savant une sentence de mécréance sur la base d'une expression sujette à interprétation, en présence d'écrits limpides et contraires à cette déduction. Il convient également de distinguer ce qu'un érudit professe explicitement comme croyance de ce que certains déduisent de ses propos ou lui imposent comme corollaire ; car le corollaire d'un propos n'est pas nécessairement imputable à son auteur (lâzim al-qawl laysa bi-qawl). C'est selon cette rigueur méthodologique qu'il convient de lire Ibn al-Qayyim et l'ensemble des savants.

Concernant l'allégation relative à l'habitude de regarder des films : le site mentionné n'étant pas précisé, il n'est pas possible d'évaluer l'exactitude de la citation ni son contexte. Quant au jugement de fond : regarder des contenus comportant des éléments illicites constitue une désobéissance, et leur récurrence caractérise une persistance dans la faute, mais le spectateur ne devient pas mécréant du simple fait d'en faire une habitude.

Nous avons déjà précisé dans la fatwa n° : 90690 que le fait de regarder des films pornographiques — bien que formellement illicite — ne conduit pas, à lui seul, son auteur à la mécréance.

De même, si le film comporte des propos blasphématoires, le simple fait de le visionner n'implique pas obligatoirement l'adhésion ou l'assentiment à de tels propos. Que la personne agrée formellement la mécréance elle-même, ou qu'elle cautionne et approuve la raillerie de la religion : cela relève d'un tout autre registre.

La distinction fondamentale entre le simple visionnage et le consentement à la mécréance a déjà été exposée dans les fatwas n° : 340987 et 415609 .

L'obligation consiste donc à se repentir du péché et à rompre avec les facteurs qui alimentent l'obstination, tout en se gardant de toute précipitation dans l'anathème (takfîr) ou de considérer chaque fléchissement dans la crainte et le repentir comme un facteur d'annulation de l'Islam.

Et Allah sait mieux.

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